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Revue de presse


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  • 16/11/2020 - Covid : le défi managérial lancé aux patrons de PME

    Les dirigeants de PME et d'ETI sont lancés dans une course de fond dont on ne connaît pas la durée. Il leur faut rediffuser du positif aux équipes alors que la lassitude est là et accepter les incertitudes actuelles sans basculer dans l'attentisme.

    « Dites, vous croyez qu'on va s'en sortir, vous ? » « J'ai répondu que c'était dur, que je serai au bureau tous les jours et qu'on se battrait jusqu'au bout, raconte un dirigeant, mais j'ai compris que des salariés avaient peur de voir la boîte s'effondrer. » Pour certains patrons de PME, la deuxième vague est une épreuve physique et mentale. Il faut garder le moral et rassurer, sans avoir soi-même de certitudes.


    Un choc externe

    Jusqu'à l'automne, l'état d'esprit des petits patrons était plutôt positif. Des filières comme l'aéronautique ou le tourisme se savaient entrées dans une crise éprouvante. Mais ailleurs, la pandémie de Covid était plutôt perçue comme un choc externe. Le confinement avait durement frappé l'économie, mais on allait s'en remettre.

    Interrogés début septembre*, 49 % des dirigeants de PME-TPE anticipaient « un retour rapide à la normale » pour leur société. Mieux, 58 % des patrons qui avaient des projets d'embauches avant crise, comptaient les maintenir. Même chose pour les ETI, qui étaient 71 % à prévoir un « retour rapide à la normale », en juin juillet**.


    Un passage par la « case prison »

    La deuxième vague a changé la donne. « Après avoir retrouvé un semblant de normalité et nous être projetés dans l'après-Covid, nous retournons à la case départ, en étant passés par la case prison, c'est-à-dire avec plus de passif », constate un dirigeant de la région d'Annecy. Cette « réinitialisation » impose des défis aux patrons de PME. Il nécessite une préparation mentale, comme pour les sportifs avant une compétition.

    Il faut d'abord gérer une lassitude par rapport à une bataille déjà gagnée qu'il s'agit de recommencer. « On observe chez les chefs d'entreprise un moral à la baisse et une fatigue prononcée. Beaucoup ont mis un gros coup de collier pour rattraper le chiffre d'affaires perdu au printemps », dit Julie-Céline Grobon-Bataille, chargée de mission au Centre des jeunes dirigeants (CJD) Rhône-Alpes.

    Repartir au combat implique de retrouver de l'énergie. « Après l'annonce du reconfinement, j'ai préféré attendre mon comex du lundi matin avant d'examiner les choses. J'ai voulu profiter de mes jours de vacances parce que j'ai senti qu'il fallait recharger les batteries avant de replonger », raconte un patron d'ETI.

    « Lorsque l'on n'a pas l'esprit au clair, il vaut mieux différer une décision importante. On ne peut pas se permettre d'être moins affûté dans ces moments-là », dit Bertrand Thimonier, président d'Adviso Partners, qui conseille des PME et ETI. Pour se remonter le moral et éviter de parasiter sa vie familiale avec ces sujets, rien de mieux qu'un échange avec ses pairs via des associations comme le CJD ou l'Association progrès du management (APM).


    Rediffuser du positif

    Le deuxième défi consiste à « rediffuser du positif » aux équipes. S'astreindre à des messages réguliers est indispensable car le contexte évolue vite. « Il faut surcommuniquer », juge Christophe Fargier, le patron des bars-restaurants Ninkasi. Chaque personne a ses indicateurs de la santé d'une entreprise. Pour un opérateur, c'est le stock de pièces à mettre en fabrication. Il s'agit d'en tenir compte, tout comme de leur profil. « La moitié de nos salariés a moins de 35 ans et le confinement est plus dur pour les jeunes professionnels. En tant que dirigeant, il nous faut rester positifs et rassurer, pour aider l'équipe à garder le cap », dit Charlotte Reynier-Aguttes, de la maison de ventes Aguttes.


    Jusqu'où aller dans la transparence ?

    Etre transparent sur la situation de l'entreprise est essentiel, mais jusqu'où aller ? « Lorsque les difficultés sont liées à la conjoncture, il faut en parler sans détour. Si c'est le modèle d'affaires qui est remis en cause, il est préférable d'attendre d'avoir un projet de transformation », pense Guillaume Mortelier, directeur exécutif chez Bpifrance.

    Maintenir l'activité a un impact fort. C'est la stratégie adoptée par Loïc Renart, propriétaire de trois hôtels à Lyon, ou de Vincent Marie, patron de Tricotage des Vosges (les chaussettes Bleuforêt ou Olympia). Le premier ne ferme pas ses établissements durant le confinement, le second fait tourner son usine pour refaire ses stocks, même si ses produits ne peuvent plus être vendus en grandes et moyennes surfaces. « Il faut rester dans un projet, même si c'est à court terme », dit Sébastien Gaillard, DG d'Arcom Industrie.


    Un enjeu fort de « préparation mentale »

    Le troisième défi consiste à accepter les incertitudes actuelles sans basculer dans l'attentisme. « Les patrons de PME et d'ETI sont lancés dans une course de fond dont personne ne sait si ce sera un semi ou un marathon et dont on ne connaît pas la topographie. Il y a un enjeu fort de préparation mentale », dit Guillaume Mortelier. Quand aura-t-on un vaccin ? Va-t-on avoir un troisième confinement ? « Le monde entrepreneurial a compris que les dirigeants politiques ne savaient pas où on allait. Personne ne sait », dit Floris Calori, fondateur de l'agence LTV Prod. « Concentrons-nous plutôt sur les choses sur lesquelles nous avons la main, conseille Vincent Marie. On peut parler à l'infini des prochains mois, sans avancer à rien. »


    Etre un patron « schizophrène »

    Face à ces incertitudes, la meilleure réponse est une trésorerie solide, un étalement des prêts et une diversification afin de pas dépendre de quelques donneurs d'ordre. « Quand on est une PME, on ne peut rien exiger », rappelle un patron. En revanche, on peut être agile. Piloter finement, en faisant vite évoluer budgets et effectifs.

    Le quatrième défi est d'être un patron « schizophrène ». C'est-à-dire de gérer le quotidien tout en se projetant vers demain. En réfléchissant à son modèle d'affaires, en conservant des investissements clés ou en étudiant des opportunités de rachat. Mais, pour cela, il faut préserver ses forces, avoir du recul et conserver une posture de combat.


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