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Revue de presse


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  • 15/04/2020 - David Sussmann : « Les entrepreneurs doivent profiter de cette crise pour transformer leurs structures de façon durable »

    Le fondateur de Seafoodia et président de la fondation Pure Ocean appelle les entrepreneurs à prendre plus en compte les dimensions humaines et environnementales dans leur stratégie.

    La crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 et l'appel du gouvernement français à rester confiner afin d'endiguer le virus, ont totalement redistribué les cartes dans notre manière de travailler. Le contexte exceptionnel a donc contraint certaines entreprises à mettre bon nombre de leurs collaborateurs en télétravail. Selon le dernier baromètre des économies régionales confinées Odoxa-Adviso Partners réalisé pour Franceinfo, France Bleu et Challenges, un Français sur cinq pratiquerait actuellement le télétravail.

    Gain de productivité, meilleure gestion de son temps de travail... d'après cette même enquête les atouts du télétravail sont nombreux, mais un avantage ressort. Et pour cause, 91% des télétravailleurs sondés estiment qu'il permet de réduire la pollution atmosphérique, notamment engendrée par les trajets entre le domicile des salariés et leur lieu de travail ou lorsqu'ils sont amenés à se déplacer pour un rendez-vous professionnel. Un aspect environnemental de plus en présent dans la conscience collective que « les entreprises devront prendre en compte dans leur stratégie », comme l'atteste David Sussmann, fondateur de Seafoodia, société spécialisée dans la vente et la distribution de produits de la mer de qualité, et président de Pure Ocean, fondation qui soutient des projets innovants contribuant à la protection des écosystèmes marins fragiles et la biodiversité.

    Racontez-nous vos dernières semaines...

    David Sussmann : Chez Seafoodia nous travaillons à 85% à l'international et notamment en Chine et nous avons été impactés dès le mois de janvier. Quelque part on a vu le virus arriver et on l'a également vécu. C'est pourquoi dès le mois de janvier une cellule de crise a été directement créée et nous avons très rapidement repensé la gestion de nos équipes. Aux prémices de la pandémie, nous avons décidé d'acheter des ordinateurs portables pour les salariés afin de garantir la bonne tenue du télétravail qui aller forcément arriver. On a aussi mis en place des formations à distance sur nos outils.

    Comment s'organise le travail à distance ?

    D.S. : Que ce soit chez Seafoodia ou Pure Ocean très peu de salariés sont en chômage partiel et la grande majorité des salariés travaillent, depuis le début du confinement, en télétravail. Ce qui n'a posé aucun problème puisque nous nous étions préparés en amont. Nous avions déjà des outils de travail collaboratif et de fichiers partagés entre nous et avec nos partenaires à l'extérieur. Nos données sont accessibles à 100% de l'extérieur ce qui permet à la plupart de nos collaborateurs de faire du télétravail. Néanmoins, nous avons repensé la gestion des équipes pour à la fois maintenir le lien et la performance dans un quotidien et un environnement spécial, tout en nous préparant pour la reprise. Désormais, nous apprenons de nouvelles façons de travailler. Nous avons tenu à maintenir toutes nos réunions d'équipes relatives à l'aspect commercial, backoffice, financier ou encore RSE que l'on fait à présent sur des plateformes comme Zoom ou Teams.

    Et puis nous avons voulu maintenir le lien social entre les équipes, leur apporter un soutien et créer cet esprit d'équipe et d'enthousiasme malgré le contexte difficile. Pour cela, nous avons envoyé à tous les salariés des règles du télétravail de façon humoriste et puis tous les matins, chacun reçoit une vidéo avec des notes d'humour pour bien commencer la journée. Des apéros d'équipe par visioconférence sont aussi organisés. Ce sont des aspects très importants pour nous, car si les salariés ne trouvent pas de sens à leur travail, leur motivation, inévitablement, baisse.

    Le télétravail peut-il devenir la norme ?

    D.S. : Le télétravail a de nombreux avantages : augmenter la productivité, parfois de perdre moins de temps, d'utiliser de nouveaux outils de communication plus efficaces, de mieux partager les documents par services. Mais tout ne peut pas se faire en télétravail. Il faut trouver un juste-milieu.

    De nombreuses structures se sont mobilisés depuis le début de la crise pour soutenir le personnel soignant notamment et venir en aide aux plus démunis. Cette situation exceptionnelle va-t-elle redistribuer les cartes dans le monde de l'entreprenariat et mettre au coeur des stratégies d'entreprise la solidarité ou d'autres problématiques très actuelles comme la protection de l'environnement ?

    D.S. : Le mot crise en chinois veut dire opportunité et en grec transformation. Les entreprises doivent rester en marche et surtout ne pas se relâcher. C'est le moment pour nous chefs d'entreprises d'avoir la posture de leader notamment en soutenant nos équipes, nos partenaires et notre écosystème. En tant qu'entrepreneurs nous avons tous le devoir de se poser les bonnes questions. Un nouveau capitalisme qui va bouleverser nos habitudes est en train d'émerger, il sera plus humain et prendra plus en compte les questions relatives à la préservation de l'environnement notamment. Nous pourrions voir naître de nouveaux indicateurs, notamment économiques, sociaux et environnementaux, autre que le Produit Intérieur Brut (PIB). On parlera peut-être de Bonheur National Brut (BNB) ou encore d'Impact pour la Planète (IP).

    La planète nous envoie des signes de plus en plus forts et il faut enfin les prendre en compte dans toutes nos activités, personnelles comme professionnelles. À ce titre, pour Pure Ocean, nous allons lancer un appel afin de faire un focus et d'accompagner des programmes de recherche en lien avec la santé, notamment avec ceux qui utilisent les ressources halieutiques. Il faut avancer ensemble pour construire positivement ce nouveau monde qui prendra bien évidemment en compte nos activités extra-professionnelles. Je pense que le nouveau capitalisme doit venir d'actions individuelles. Si l'on veut éviter des crises environnementales c'est le moment de prendre les choses en main. Il y a urgence, les entrepreneurs doivent rendre leur mode de management le plus humain et plus responsable possible. Par exemple, chez Seafoodia, on valorise les salariés qui se déplacent à pieds ou en transport en commun. Nous avons même inscrit dans notre pacte d'activité en interne, une rémunération pour les collaborateurs qui viennent à vélo au travail.

    Comment devenir une entreprise plus responsable ?

    D.S. : Pour faire de son entreprise une structure plus responsable et durable, il est important quelle base son organisation autour de 5P : People (l'Humain), Planet, Product, Passion et Profit. Il est nécessaire de placer l'humain au coeur de l'entreprise en s'appuyant sur la liberté et la responsabilité afin d'avancer ensemble et de créer du sens. De plus, aujourd'hui, il y a une prise de conscience concernant la protection de l'environnement, mais nous devons aller plus loin encore. Par exemple chez Seafoodia nous nous sommes engagés à soutenir les 17 objectifs de développement durable de l'ONU et les 10 principes du pacte autour de quatre thèmes : les droits de l'homme, les normes internationales du travail, l'environnement et la lutte contre la corruption. Ensuite, le produit. Les entrepreneurs doivent se demander si ce dernier est durable, responsable, s'il a du sens ou encore s'il est bon pour nous-même et la planète. Puis, arrive la passion. C'est ce qui est censé nous animer, car c'est avec le coeur que l'on peut bâtir et développer une vision à long terme. Enfin le profit, et dans ce cas-là, on ne parle pas forcément d'argent. Il s'agit là de la naissance de nouveaux indicateurs relatifs notamment au bonheur ou à l'impact sur notre écosystème, comme cela a été énoncé précédemment.